Combattre le feu par le feu

Drôles que ces villes d’Amérique du Nord, avec leurs rues perpendiculaires, est-ouest, nord-sud, avec des numéros qui se suivent, première avenue, deuxième… et ainsi de suite. Ça fait très propre, très structuré, fonctionnel. Je vis dans un lieu qui ne me ressemble pas. De temps en temps, j’ai de la misère à faire l’accord entre ces structures et la mienne propre qui est elle biologique c’est-à-dire courbe, louvoyante, ronde, sphérique, ondulante… Il arrive même que je ne me retrouve plus du tout dans ces belles rues droites, j’y perds mes repères; ma nature première a besoin du chaos pour que je me comprenne. Quand cela m’arrive, l’indien qui dort en moi d’un sommeil léger s’éveille, s’ébroue et prend le bois.

C’est comme un vaccin, ça participe du même principe: on injecte un peu de venin, le corps apprends à se faire des défenses: c’est combattre le poison par du poison, le feu par le feu. La nature, le bois a quelque chose de rassurant pour l’humain. Ça vient rejoindre une certaine notion d’humanité première, profondément enfouie dans notre cerveau reptilien. Tu te sens perdu, chaotique, t’as les bleus? Vite du chaos, de la nature, du bio, du blues.

J’ai pris la route vendredi pour me retrouver. J’ai abouti au Lac, à Mashteuiatsh pour être précis, au camping Robertson que mon amie Sonia gère d’une main douce et ferme. C’est grand le Lac, par moment on distingue à peine l’autre côté; observer l’horizon c’est contempler la vie, c’est comme regarder notre chemin, celui parcouru comme celui à faire. Et j’avance dans l’eau, jusqu’au cou; le ciel est vaste, l’eau pesante, je m’y fonds, me liquéfie et, pour un court instant, je deviens murmure, résonance, un battement de cœur.

Le soir venu, presque calme, presque retrouvé, alors qu’il ne me reste qu’un peu de blues au corps et au coeur, Jean Casavant s’assied derrière son piano et le blues règne, prends toute la place, les premières notes de Black coffee se font entendre et les voix magiques de Sonja Mazerolle et Stéphanie Launière terminent le travail de guérison; I’m feeling mighty lonesome, Haven’t slept a wink, I walk the floor and watch the door, And in between I drink, Black coffee.

Et je me retrouve à Montréal, l’âme mâtinée de blues, dans des rues perpendiculaires qui ont maintenant un petit quelque chose de croche…

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2 réponses à Combattre le feu par le feu

  1. Sonja Mazerolle dit :

    C’est beau mon ami!!!
    Bon retour dans la ville, et quand tu redescends, fait-moi signe, on se fait une super bouffe!!!
    Bisoux
    Sonja ;)XXX

  2. nathalie noel dit :

    Ce texte, tout à ta grâce, est magnifique ! Un peu de leste, fait tant de bien ! Vive le temps rond. Témoin d’un contact précieux entre toi et toi, tu nous donnes à vivre, par l’écrit, les effets bénéfiques du sentiment d’enracinement. Pourquoi trébucher sur une carte ? Le territoire, si vaste, s’offre sans frontière. Merci pour ce moment de poésie et d’ouverture sur le présent !

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