Le combat du Rabinal Achi

Hier soir, une grande messe, un grand moment de théâtre, de représentation. La salle Fellini du Ex-Centris est pleine et le drame qui s’y joue nous est contemporain. Un homme, Kaweq Kiché, homme de colère, homme de guerre, trahi sa propre humanité pour le métal blanc et le métal jaune; il monte à l’assaut de la cité avec ses aigles et ses guépards. Il finira sacrifié, lors d’un festin présidé par les Dieux, décapité avec ses guerriers, cimenté dans un mur, exposé aux yeux de tous. C’est l’histoire du Rabinal Achi, histoire chantée et dansée par le groupe Ondinnok, une tranche de vie mise en scène par mon ami Yves Sioui Durand.

Cela se passait il y a des générations, cela se passe encore aujourd’hui. À l’image de Kaweq Kiché, on détruit sans vergogne; hommes de colères, nous montons à l’assaut des nos forêts, de nos lacs, nos rivières, pour saccager, détourner, piller, détruisant ainsi notre patrimoine collectif. Nous, êtres vivants dotés de conscience, nous agissons comme des sauterelles, envahissant un coin de territoire pour y manger tout ce qu’on y trouve, jusqu’à plus soif. Nous ne sommes pas, par nature, des prédateurs et pourtant nous agissons comme tels.

Le théâtre d’Ondinnok appelle la guérison. C’est Louis Riel qui disait «Mon peuple va dormir durant cent ans, mais quand il s’éveillera, ce sont les artistes qui lui redonneront son esprit.» Nous tous appelons la guérison et l’art, par sa présence, est la force qui peut nous unir. C’est de l’art et de l’homme créateur que la parole métissée, seule guérisseuse, peut surgir. Sans l’art sous ses multiples formes et son engagement dialogique, on demeurera sur notre quant-à-soi, repu et difforme, fatigués et malades à l’heure de l’auto-digestion; les Dieux du passé et du présent se bidonnant en contemplant notre fin programmée, notre grand suicide collectif, parlez-en à BP et Hydro…

Alors, puisque nous sommes blessés, un rouge couleur sang, bien rubis, de chez Nicolas Potel: le Pinot Noir vieilles vignes 2007. Seul, sans nourriture, pour bien digérer notre incurie. Ou alors, à la rigueur, avec de la poésie…

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