L’angoisse du gardien de but au moment du penalty

C’est Merleau-Ponty qui nous indique que, pour comprendre un évènement donné, il faut se concentrer sur son moment de fracture, de rupture, sur le changement des paramètres. Avant on est trop près de la nature d’un moment, de sa couleur première pour  saisir toute la complexité de sa forme. Assis au bord de l’event horizon, le temps se déroule sans que l’on en perçoive nettement la forme; le temps calme est plutôt propice à la méditation lente, à l’observation du flux continu et, à l’instar de Siddhartha, à une nette perception du mouvement de la rivière, laissant intact et entier le questionnement sur sa nature.

Mon amie Audrey vit une telle fracture: armée de son courage et de beaucoup trop de bagages (elle en laissera sans doute en route, comme dans le film de Coline Serreau) elle part pour Compostelle, histoire de marcher dans l’univers, de fouiller sa nature humaine en observant les contours de cette fracture auto-imposée; il n’y a que très peu d’évènements dans la vie qui permette un éclairage aussi franc, aussi net: la mort d’un proche ou d’un parent, la naissance d’un enfant, un déménagement, un changement d’emploi et évidemment, une rupture conjugale.

À la manière de ce moment de football qui électrise et pétrifie à la fois la foule en attente de sa libération, attente qui ne trouvera sa catharsis qu’au moment de sa conclusion, le tir de penalty , liquéfacteur d’affects, est révélateur de l’homme, de sa valeur comme de ses faiblesses. La rupture conjugale ou encore la rupture avec un amour récent permet aux individus impliqués de mieux se percevoir; les sentiments et les émotions qui se développent et nous habitent au moment même de la fracture laissent tranquillement place à la conscience claire et tranquille de la nature du soi profond, premier; le reflet du miroir lacanien est net, évident et sans artifices: ce que l’on y perçoit n’est pas toujours agréable, mais est bien le réel… La fracture peut être ainsi très salutaire… Mais elle fait toujours mal.

Nous sommes tous gardiens de but de nos vies, l’idée serait de ne pas trop s’en faire entre deux tirs…

Bonne route Audrey, on suivra ton blogue, histoire de se comprendre soi-même un peu mieux…

http://compostelle-et-moi.blogspot.com/

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3 commentaires pour L’angoisse du gardien de but au moment du penalty

  1. Audrey dit :

    Hihihi… pour ce qui est de ma quantité impressionnante de bagages, la dure réalité m’a déjà rattrapée; mon sac étant effectivement trop lourd (c’était prévisible!), je laisse mon ami beurre de peanuts à la maison en compagnie de plusieurs autres compatriotes😦

    Bon été, Pierre!

  2. manon lizé dit :

    Hum nous sommes tous appelé à apprivoiser notre sagesse et les occasions qui nous y invitent sont fort nombreuses. Effectivement certains événement incontournables nous propulsent l’observateur blessé au plus profond de soi. Selon certain, le travail de ce dernier en est un d’observation . Observer sans juger avec beaucoup d’amour, de patience comme un explorateur curieux et assister à sa propre transformation qui s’effectue naturellement au de la du mental, au profit de la conscience.
    merci pierre

  3. Lou B dit :

    Parfois, nous sommes dans le filet en étant en grande partie conscient de ce qui se passe, en ayant délibérement l’intention de comprendre encore quelque chose. C’est bien sûr après la rupture que ça se produit, après les grincements de dents, de la douleur qui vous plie en deux, que cette réalité pas toujours agréable apparaît, comme tu le dis si bien, mais elle est quand même la réalité heureusement avec plus de densité et heureusement encore, avec moins d’intensité. Maintenant, j’en suis à remercier le dernier homme (mon Waterloo) qui a passé dans ma vie. Je me suis brûlée quelques plumes et un morceau du coeur mais cette histoire m’a ouvert les yeux sur des comportements que je ne répéterai plus, promis, craché, juré. Mon coeur a repris de ses belles couleurs tant en étant fragile, je n’y peux rien, il est fait ainsi. Mais j’ai repris mon vol pour trouver mon salut ! Allez Lou! Ya !

    Au revoir Pierre

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