Le statut de la liberté

C’est à la fois par manque d’imagination et par souci de rendre à César ce qui lui appartient que j’ai commis ce titre; merci Olivier Asselin. Ce choix en vaut un autre, comme par exemple, celui de vivre en état de grâce en usurpant le rôle du Créateur, en en imitant sinon le résultat du moins le processus, c’est-à-dire vivre à 100 miles à l’heure, la tête dans les étoiles et les pieds dans la dèche; c’est là le prix de la liberté, je parle évidemment ici du statut de l’artiste.

Vous aurez compris entre les lignes que, comme la majorité de mes congénères, je viens de me faire refuser une bourse qui m’aurait permis de  terminer mon dernier opus, un film que je traine inlassablement dans ma besace depuis un an maintenant et que je devrai donc finir, suite à cette annonce, avec les moyens du bord, deux trois bouts de ficelles, du cœur au ventre et du Kraft Diner.

Non, tout de même, je n’ai plus vingt ans, ce n’est pas si dramatique, je ne retournerai pas au beurre de peanut, mais ces refus, toujours plus nombreux que les acceptations, ne sont salutaires pour l’artiste que parce qu’ils le reconduisent à sa place en lui confirmant son statut de quémandeur du bien public, de quêteux d’absolu; une manière de rééquilibrer l’univers: si t’es pas content de ton sort, change-le. Dans tous les autres cas de figure, c’est la reconduction de la précarité ad infinitum, un trip un peu maso, comme  l’amour du port du cilice dans le renoncement tutélaire structurel qu’est la vie d’artiste dans ce beau pays.

C’est là le prix à payer lorsqu’on a choisi un esclavage autogénéré: mille fois sur le métier… Et ferme ta gueule parce que ça pourrait être pire: tu es le plus riche d’entre les pauvres; il n’y a pas d’artistes chez ceux qui ont faim. Et trouve-toi, comme mon amie Lysanne le fait, un sideline payant, débrouille ducon… Quelqu’un veut acheter une maison à Rosemont?

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Un commentaire pour Le statut de la liberté

  1. Mes sympathies pour la bourse. Je suis un peu dans la même situation que toi, pas de bouleau, pas de chômage, pu de $$, maîtrise à finir… C’est pas rassurant de voir que ce problème, celui de la précarité des artistes et travailleurs culturels, ne se réglera pas avec l’âge.

    Je rencontre de plus en plus de gens de ma génération, talentueux mais essoufflés de travailler pour des « peanuts ». Je rencontre aussi des gens d’expérience comme toi qui me confirment la difficulté de persister dans ce monde artistique. Comme tu dis, c’est un moindre mal, car entre deux périodes de galère, je me retrouve parfois en Europe, logé et nourri comme une star à Paris. Ensuite, le moment de gloire passé, je retourne chez moi paumé, avec un loyer trop cher à payer, à un proprio qui s’en met plein les poches.

    Tout est continuellement à recommencer. Je m’obstine, je résiste, le « marché de l’emploi » ne m’attire pas. Je suis un vrai artiste paresseux. Je ne peux pas supporter l’idée d’aller travailler pour des « bizness » qui vont me presser le citron, et s’enrichir sur mon dos. Alors je résiste, je continue de faire des « tites jobs » sous-payées dans l’industrie culturelle subventionnée, en espérant que mon fameux diplôme à venir m’aidera à me mettre les pied dans une position plus élogieuse. Bon courage, tu peux toujours hypothéquer ta maison de Rosemont pour faire ton film, je crois que c’est ce qu’a fait Francis F. Coppola pour terminer Apocalypse Now!

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