Avoir 50 ans…

La semaine dernière je me suis écroulé sur le trottoir. C’était subit, un peu à la manière d’un coup de poing à l’estomac; je sais de quoi je parle, j’en ai reçu quelques-uns… On marche sur la rue, tranquille et soudain le cœur se met à battre la chamade, hors contrôle, et le monde vacille.

N’importe quel médecin de famille vous expliquera que quand le cœur palpite et tachycarde à 180 battements à la minute, le corps réagit plutôt mal: premièrement, il se passe une importante chute de pression, les artères encaissent mal un important afflue sanguin. Deuxièmement, le corps contracte les vaisseaux pour concentrer le sang aux organes du thorax et au cerveau: les jambes et les bras deviennent froids et mous, il devient difficile de se tenir debout. Assis sur le trottoir, j’attendais, prostré, l’ambulance qui allait m’amener à l’Hôtel-Dieu pour une supervision de quelques heures; mon cœur me joue des tours comme ça, de tant à autre, depuis quelques années…

Je me souviens exactement où j’étais le soir de mes trente ans: assis avec beaucoup de copains dans un bar de la rue Rachel. Je me souviens aussi du sentiment de vastes possibilités qui m’habitait: the sky is the limit… Je me souviens aussi exactement où j’étais le soir de me quarante ans: sur le toit de mon appartement à Bir-Zeit, en Palestine occupée. Je me souviens aussi du sentiment qui m’habitait: le sentiment d’être exactement là où il le fallait au moment même où il le fallait. Le sentiment d’être en parfait contrôle de ma vie, enveloppé d’une plénitude complète…

Aujourd’hui, j’ai cinquante ans. Je suis seul, chez moi, à écrire ce texte. Par choix, je dois le dire, mes meilleurs amis m’ayant invité à sortir. Mais je crois qu’il m’est préférable de vivre seul ce moment et de l’apprivoiser, à la manière d’une pratique, d’une générale de ce qui adviendra un jour ou l’autre; être obligé de s’assoir sur un trottoir force à réfléchir à l’inévitable…

Comment accueillerais-je ma fin? Avec un sourire de compréhension plein de sous-entendus ou en pleurant, tremblant de peur? Seul, sur la rue, dans une chambre d’hôpital, ou encore entouré des miens? Serein et heureux d’une vie comblée et bien remplie ou amère et envieux de plus de temps pour corriger ce que je n’aurais pas réussi à faire une vie durant?

C’est tout de même un peu dérangeant que d’avoir cinquante ans…

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7 commentaires pour Avoir 50 ans…

  1. Myriam dit :

    Ce genre de questionnement n’arrive pas seulement à 50 ans, ça expliquerait mes cheveux blancs à bientôt 25 ans🙂

    Certains disent qu’avec les années qui passent, on devient plus en paix face à la vie, face à soi-même et face aux autres aussi. C’est donc une nouvelle ère qui s’ouvre, moins de questionnements, plus de découvertes. C’est à ce moment-là qu’on sort véritablement de ‘chez soi’.

    C’est un très beau texte que tu nous livres là, merci!

  2. marie soleil dit :

    J’aime beaucoup ce qui est écrit, et apprécie ce qui t’est donné de voir, et d’avoir tous ces petits moments de bonheurs quotidiens, le soleil est toujours rendez-vous, il suffit de le rentrer dans notre coeur, Bonne journée! xox.

  3. louis dupire dit :

    bon anniversaire Pierre.Je m’empresse toujours de te lire.

  4. Tony Tremblay dit :

    Bon anniversaire!

    Avoir su, je te l’aurais souhaité en personne lundi dernier!!!
    On aura certainement l’occasion de se reprendre…

  5. Jean-Guy Loubert dit :

    Ces un genre de cinquante ans qui ouvre de nouvelles portes à de nouvelles expériences peut-être moins en folie et peut-être plus avec raisons et sagesses. Mon chère ami tes petits textes me force à écrire et quand la vie te lance des signaux soit capable de les écouter, ces vital et ça nous permets de faire encore et encore un plus grand bout de chemin. La mort je crois qu’on l’accueille avec un sourire qu’en nous avons atteint les buts qu’on c’étais fixés. Sans être trop extravagant je crois qu’il te reste encore quelques objectifs à atteindre avant que tu passes dans l’au-delà. J’ai encore trop de chose à te dire et encore plus de contradiction que tu peux l’imaginer. Donc ne penses plus à la fin mais au début de deuxième siècle qui te sourit avec les bras grand ouvert. Et n’oublit pas que tu n’es pas le seul à franchir cette porte cette année.

    Repose toi, cette partie on la mérite tous.

    • manon lizé dit :

      merci Jean-Guy,
      voilà un commentaire que je partage
      j’ai pas le plaisir de te connaître mais j’apprécie la justesse de tes paroles

  6. Jean-Guy Loubert dit :

    Comme il ya longtemps que tu n’as pas écrit quelque chose, j’aimerais te poser la question suivante.

    Comment ta vie c’est déroulée depuis que tu as eu tes cinquante ans?

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